Treize mots en anglais sur des horloges à quartz et des blocs empilés sont gravés à l’identique dans 26 transactions Bitcoin depuis le 12 octobre. Leur expéditeur ne paie presque rien pour les publier, et les chercheurs qui ont repéré la série envisagent la piste d’un agent IA.

Le poème est composé de trois vers, « Thoughtless quartz clocks drift / blocks stack each a strict proof / timechain keeps score » - ©bitz100 / Shutterstock
Le poème est composé de trois vers, « Thoughtless quartz clocks drift / blocks stack each a strict proof / timechain keeps score » - ©bitz100 / Shutterstock

« 26 copies identiques jusqu’ici. Qu’est-ce que c’est ? », a demandé ce week-end l’équipe Galaxy Research du gestionnaire d’actifs crypto Galaxy Digital, dans un message publié sur X. Le poème est composé de trois vers, « Thoughtless quartz clocks drift / blocks stack each a strict proof / timechain keeps score », que nos confrères spécialisés en cryptomonnaies Cryptoast traduisent par « Les horloges à quartz dérivent sans réfléchir / les blocs s’empilent, chacun apportant une preuve rigoureuse / la chaîne du temps tient les comptes ». Le dernier mot, timechain, est celui qu’employait Satoshi Nakamoto aux débuts de Bitcoin pour parler de sa chaîne de blocs. Avec deux copies d’un second poème, signées avec des clés cryptographiques identiques, l’inconnu a publié 28 messages en douze jours. Il fait tourner son argent avec une régularité de machine, pour un coût presque nul.

Moins de dix dollars de frais de minage pour 28 messages

L’expéditeur glisse son texte dans la blockchain grâce à OP_RETURN. Avec cette instruction du langage de script de Bitcoin, n’importe qui peut inscrire des données arbitraires dans une transaction. Chacune de ses copies occupe 103 octets, alors que les nœuds du réseau refusaient par défaut, jusqu’à l’automne 2025, de relayer les sorties de plus de 83 octets. Les développeurs de Bitcoin Core ont relevé ce plafond à 100 000 octets avec la version 30 de leur logiciel, publiée en octobre 2025. Pour une partie de la communauté, Bitcoin doit servir aux paiements et non au stockage de textes ou d’images, et le développeur Luke Dashjr a déconseillé d’installer cette mise à jour.

L’auteur du poème dépense très peu, car il recycle sans cesse une seule somme. Il envoie environ 0,327 bitcoin, soit quelque 26 000 dollars, vers trois adresses d’un service de conservation, récupère la somme quelques heures plus tard, puis la renvoie avec une nouvelle copie du texte. Galaxy Research a compté 28 dépôts et 14 allers-retours, pour seulement 8 015 satoshis de frais de minage au total, soit environ 6 dollars au cours actuel. Le service a ajouté un prélèvement unique de 100 000 satoshis. Chaque cycle dure entre 13 et 18 heures, et neuf cycles ont été enchaînés sans interruption à partir du 19 octobre. Aux yeux des chercheurs, un blanchiment classique est donc peu probable, puisque l’expéditeur ne fait circuler ses fonds qu’entre son portefeuille et ce service.

Un agent IA muni d’un portefeuille Bitcoin, l’une des pistes de Galaxy Research

Faute de preuve, Galaxy Research émet des hypothèses. Une plateforme pourrait gonfler artificiellement le nombre de dépôts qu’elle affiche, avec des allers-retours quasi gratuits. Les chercheurs envisagent aussi un test automatisé laissé en marche par un développeur, dont le script écrirait sur le vrai réseau Bitcoin au lieu d’un réseau d’essai. Leur dernière hypothèse est la plus étrange. Quelqu’un aurait confié un portefeuille Bitcoin à un agent IA autonome, avec pour consigne de passer des transactions.

Les agents IA capables de déplacer de l’argent existent bel et bien. Fin mai, Coinbase a lancé son Agentic Wallet, avec lequel un agent IA peut transférer des fonds ou payer depuis le compte de son propriétaire, sur une simple consigne écrite. Interrogé par Paperjam sur la responsabilité en cas d’erreur d’un agent, un porte-parole de la plateforme a prévenu que ses clients étaient « responsables de ce qu’ils demandent à leurs agents de faire ». Un agent mal réglé, ou laissé libre d’improviser, peut donc répéter une opération identique des dizaines de fois à l’insu de son propriétaire.

Les chercheurs ont proposé un moyen simple de vérifier l’automatisation. D’après leurs calculs, la 27e copie du poème devait apparaître environ 14 heures après la 26e, avec 222 satoshis de frais en moins, si l’expéditeur ne changeait pas de rythme. Avec une publication à l’heure dite, la thèse d’un programme serait renforcée, sans que les chercheurs puissent dire s’il s’agit d’un simple script ou d’une IA. Le poème est en revanche consultable par tous, dans le bloc 971 914 par exemple, et aucune de ses copies ne pourra être effacée de la blockchain.